Soirées fiestas et paillotes à Montpellier : faire la fête en silence ?

Soirées fiestas et paillotes à Montpellier : faire la fête en silence ? 1

La saison débute à peine, les paillotes mettent en place leurs soirées, les évènements s’enchainent et le débat sur les nuissances sonores ne fait qu’enfler.

Que ce soit par le biais d’un décret municipal pour la commune de la Grande Motte ou de plaintes répétées par le voisinage, de nombreux évènements et établissements se plient désormais à la contrainte d’un volume musical maximum de 80 décibels.

Sur quelle échelle ?

Le grand public n’est pas habitué à compter en décibel contrairement aux musiciens, et Dj mais dorénavant les gérants de commerces commencent à être très familiers avec ces valeurs.

De 50 à 65 décibels : c’est le bruit de fond de votre appartement, de la circulation extérieure avec les fenêtre fermées.
à partir de 70 à 85 décibels : le bruit habituel d’une rue, de la circulation, d’une salle avec des discussions animées du brouhaha ambiant
90 à 100 décibels :
le camion poubelle, la cloche du tramway entendu de loin.
entre 100 et 120 décibels: Un son musical ambiant et festif. Ce sont les valeurs recommandées pour les bars et salles de concerts pour public adulte.
Dans ce cadre, les discothèques et salles ouvertes au public ou recevant du public dont la capacité d’accueil est supérieure à 300 personnes sont tenus d’enregistrer en continu les niveaux sonores en décibels et de les afficher au vue du public.
Au dessus de 120 décibels, comme dans le cockpit d’un avion ou avec un travail de machine-outil, la sensation auditive commence à être douloureuse et nécessite des protections.

Et à Montpellier ?

Les esprits s’échauffent autour de cette valeur de 80Db. Alors que la saison haute débute, les lieux de divertissements tirent la sonnette d’alarme.

Comment faire danser un public quand la musique diffusée par le DJ à 80db équivaut à l’ambiance musicale dans un supermarché, et qu’elle couvre à peine les discussions du public ?

«Qui a bien pu prendre la décision de limiter la musique sur les paillottes de plage à 80db ?? 80 décibels, c’est le bruit ambiant d’une paillotte sans musique, juste le brouhaha des gens qui parlent, discutent, rigolent en prenant un verre. » dixit Olivier Darock, Dj renommé du Mas du Cheval, White Beach,… qui s’offusque de la situation .
«  Comment faire mon travail correctement, si je joue à 80db, c’est à dire que je ne parviens pas à couvrir le bruit des gens, ils sont obligé de tendre l’oreille voire de se taire pour pouvoir apprécier le morceau.. »

Il apporte un témoignage en vidéo pour illustrer réellement ce que donne une ambiance avec un son de 80db

La succession de plaintes au cours des années contre des établissements de nuit qui étaient largement en deçà des valeurs recommandées, a joué en défaveur de l’ensemble des établissements du littoral.


« Avec un volume sonore si réduit, la fête ne prends pas, le public est baigné dans une ambiance lounge »


« Les artistes ont beau jouer les meilleurs tubes de l’été, les clients sont obligés de tendre l’oreille pour les identifier lorsque ils sont en discussion. Dans ce cas trop difficile de capter l’attention » s’exclame Jimmy, le gérant d’un bar musical.

Ce phénomène ne touche pas que les établissements ouverts au grand public, la guerre du bruit et de la fête touche aussi les privés.

Des propriétaires, au calme, prés de St Mathieu de Tréviers mettent à disposition leur domaine pour l’organisation de mariages, et cérémonies. Les soirées sont encadrées, chics, raffinées, limitées à 80db et n’ont rien à voir avec un technival ! Ils nous confessent que le volume sonore est devenu à présent un argument de pression du voisinage et à leur grand désarrois : appeler la police pour tapage est devenu un moyen facile de faire du forcing. Ils en payent les frais.
« Les policiers se déplacent, sans aucun sonomètre, demandent systématiquement de baisser le volume même si celui-ci est déjà bas, et dispense un avertissement ou une amende. »  
« C’est le pot de fer contre le pot de terre. Notre saison est perdue, nous allons tout arrêter alors que nous respectons la législation, alors que faire ? »

Pas tous à la même enseigne !

La région montpelliéraine est un lieu idéal pour passer ses vacances estivales, mais personne ne semble avoir les mêmes attentes et désirs en terme d’ambiance. C’est ce qui crée ce chaos. Quand certains préfèrent lâcher la pression et faire la fête, d’autres prônent le repos monacal et le calme absolu.

Pour les hôteliers férocement jugés sur internet à tord : «  Le client préfère à présent imposer son désir et se plaindre et payer le minimum, à la place de choisir un lieu qui conviendrait mieux à ses vacances, en terme de bruit et d’ambiance »

Cet avis est partagé par les plateformes de réservation. Cyril le responsable des ventes d’un célèbre portail explique :
« Les amoureux de la nature peuvent choisir un gite perdu dans les bois mais une fois sur place vont se plaindre du calme, du manque d’activités et de la température glaciale de l’eau de la rivière !
Des couples voudront une station balnéaire animée et vivante avec de la jeunesse et des fêtes foraines mais ne voudront pas en subir les musiques.
Le critère important pour les étudiants sera le budget le plus bas : ils adapteront leurs conditions de logement et de repas à ce budget, mais vivront pleinement leur été à leur rythme quitte à réveiller tout le quartier »

La vie en communauté est régie par des règles et malheureusement, de plus en plus, chacun a du mal à vivre avec l’autre.
Comme en témoigne ce fameux fait divers dans ce village de l’Aisne en cet été 2019 , où les vacanciers demandent au maire de faire taire les coqs du village, il est difficile de contenter tout le monde !

À vous de jouer !

 » Je pense qu’il y a 2 poids 2 mesures ici !  » dixit Christophe ingénieur du son pour les paillotes « Ce phénomène est tout de même très rigoureux envers les exploitants individuels. J’aimerai savoir si le niveau sonore réduit est appliqué aux évènements comme Le bal des pompiers, la fête de la musique, Tohu bohu, la Gaypride, …  »  » Et le feu d’artifice du 14 juillet, il ferrait pas trop de bruit aussi par hasard? »

Cette note de cynisme vient encore mettre du feu aux poudres du débat qui va rythmer tout notre été au son (en sourdine forcément ) des paillotes et à la clameur des voix du public, des festivaliers et des vacanciers.

Pour vous permettre de mesurer les décibels il existe de nombreuses applications gratuites à installer sur votre mobile sans besoin d’un instrument supplémentaire. Ainsi, vous pourrez à votre tour juger si effectivement le son est trop bas et évaluer son impact auditif.

Nous avons lancé une grande consultation pour recueillir les avis de nos lecteurs sur ce sujet :

POUR OU CONTRE ?


À vous de vous faire entendre pour soutenir votre paillote préférée, êtes vous pour ou contre cette nouvelle directive ?

Si vous aussi vous voulez réagir et alimenter ce sujet ouvert en Juin 2019 rendez vous ici

Photo d’illustration par : chairulfajar