Philippe Katerine, vraiment trop V.I.P

Le chanteur enchanteur est de retour, mais au cinéma, plongé au cœur du Grand Bain de Gilles Lellouche en nageur synchronisé. Rencontre avec ce lunaire qui a attendri le Festival de Cannes où le film était présenté hors compétition.

 

– Bonjour Philippe
P. Katerine : Bonjour MontpelYeah ! Yeah ! Ça sonne rock, ça détonne !

– Pourquoi avez-vous accepté ce rôle ?
Parce que j’ai lu le scénario. Ça m’a beaucoup plu, et j’ai trouvé que ça pouvait être un film drôle et émouvant. En plus, il fallait faire des choses que je n’avais jamais faites, comme la natation synchronisée. Je n’aurais vraiment pas cru m’y mettre un jour.

– Le plus difficile dans le film, c’était peut-être les fêtes après le tournage, non ?
Il y en a eu. Mais souvent on tournait aussi la nuit, alors on prolongeait le tournage, quoique quand on passe quatre ou cinq heures dans l’eau, on est trop content de retrouver son lit.

–  Comment vous êtes-vous préparé pour le rôle, alors ?
On se met en maillot de bain déjà. Quand on s’est rencontrés avec tous les acteurs, on était en maillot de bain. Ça met une ambiance, disons… bien décontractée. Ça, c’était formidable, et on s’est entraînés, genre trois ou quatre mois, quand même.

– Qui a choisi ce sémillant maillot de bain rouge ?
Au début, moi, je suis venu avec un maillot de bain imitation jean. Bon, je me suis vite aperçu que je faisais fausse route. Donc après, on a eu des maillots de bain officiels.

– En quoi a consisté votre entraînement ?
On devait être à la piscine deux fois par semaine. On allait à l’I.n.s.e.p où s’entraînent les grands champions. On les croisait régulièrement en baissant la tête. Difficile de se sentir à sa place à l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance quand on a des physiques comme les nôtres.

– Et vous avez progressé en natation synchronisée ?
On partait de tellement bas… Notre maîtresse était désappointée en nous voyant patauger. Et puis, rapidement on s’est ressaisis et on s’est senti progresser considérablement au vu de
notre potentiel.

– Comment avez-vous fait pour jouer quelqu’un qui n’avait jamais ou peu fait l’amour ?
Ben, il y a toute une partie de ma vie où je n’ai pas fait l’amour. La première partie. Ça a été long. Je m’y suis référé inconsciemment. L’adolescent que j’étais se sentait perdu, était parfois moqué par ses camarades. Donc j’ai bien trouvé ce personnage.

– Toute cette bande à la piscine, dont Benoît Poelvoorde, ça devait être dur à gérer ?
C’est surtout l’acoustique de la piscine qui était difficile à supporter. Et quand vous y êtes avec Benoît Poelvoorde et sa voix incroyable, vous avez du fil à retordre. Heureusement, tout ce qu’il dit est d’une grande poésie.

– Vous avez continué la natation synchronisée ?
Non, parce que j’avais un trop-plein de chlore. Laure Manaudou a mis deux ans à se débarrasser de l’odeur du chlore. Deux ans! C’est ce que m’a dit Benoît Poelvoorde. Deux ans!

– Quel effet ça fait d’avoir été la star du Festival de Cannes, où tout le monde a trouvé que vous creviez l’écran ?
Ça, je ne sais pas, mais moi j’ai vécu un drôle de moment à Cannes, parce qu’il y a quelqu’un qui est venu me voir, c’était Thomas Bangalter de Daft Punk, sans le casque. Mais je ne vous dirai pas à quoi il ressemble. J’étais très ému de cette rencontre, parce que c’est un de mes héros. Il m’a dit : « Ça change des comédies qui ramènent vers le bas, celle-ci remonte vers le haut ».

– Il a raison.
Il a toujours raison!

– Vous avez profité des soirées cannoises?
Je rentrais tôt, parce que j’avais une chambre avec du marbre au sol. Ça change des moquettes. Comme je souffre des pieds, j’y retournais vite pour retrouver le marbre de l’hôtel qui est pour moi une bénédiction. J’adorais. Je prenais même des bains.

– Les Césars, vous y pensez ?
Non, pas du tout.

– Vous devriez. Souvenez-vous de ce moment. Vous parlerez de moi sur scène…
Ah oui? « Lors d’une interview avec le magazine MontpelYeah on me l’avait dit. Sans lui qui serais-je? » C’est ce que je dirai !

– Bon, c’est bien beau le cinéma, mais côté musique vous en êtes où ?
En ce moment, j’enregistre un disque qui sera fini peut-être fin décembre. Un album avec beaucoup de chansons. J’en avais gros sur la patate, alors j’ai tout sorti. Ce que je peux vous dire, c’est que c’est assez agité.

– Vous allez avoir 50 ans en décembre… Ça vous fait quoi ?
Ça ne me fait rien. Je n’y pense pas. Peut- être que le jour même j’y penserai, mais le lendemain, ce sera déjà oublié. 50 ans. Je n’imaginais pas du tout quand j’avais 20 ans que je ferais tout ça. Je n’avais aucun objectif. Mais bon, je fais ça et ça. J’ai des enfants. Je suis bien. En plus, je n’ai pas de problèmes de santé, ni dans mon entourage. J’ai de la chance d’arriver jusqu’à 50 ans surtout. Vraiment. À chaque anniversaire, je suis content. Il y en a qui font la gueule. Je ne comprends pas. On est tellement fragile. C’est un exploit d’atteindre une année supplémentaire.

– Qu’est-ce qu’on vous dit quand on vous reconnaît dans la rue ?
Ce que je n’aime pas, c’est quand la personne me dit : « Ça fait quoi d’être reconnu dans la rue? » J’en ai marre. Sinon c’est toujours très sympathique, et puis j’aime bien faire des selfies, parce que comme ça, on s’approche des gens, on les colle. On peut sentir leur peau, leur corps. C’est quelque chose que j’aime beaucoup. Je n’hésite jamais à serrer fort.

– Est-ce qu’on vous a déjà confondu avec quelqu’un d’autre ?
Non, mais je sais que j’ai un sosie, parce qu’un ami qui était dans le Massif Central me l’a dit. Vraiment quelqu’un que je connais bien. Un type est arrivé. Mon copain lui a dit : « Philippe! Qu’est-ce que tu fais là? » L’autre lui a répondu : « Non, je m’appelle Bertrand ». « Allez, arrête tes conneries, Philippe! » a protesté mon pote. J’ai donc un sosie. Apparemment un jeune paysan… bien bâti, d’ailleurs. Mais il ne s’est jamais manifesté. Ça m’arrangerait pourtant pour bien des choses.

– Il ferait quoi à votre place ?
Il ne ferait pas cette interview, bien sûr.

– Vous étiez comment, enfant ?
J’étais dans mes rêves, complètement. Je planais à 100 000. Je jouais aux Lego. Je construisais beaucoup et je me suis aperçu des années plus tard, que faire de la musique c’est du Lego. Rien n’a changé.

– Que diriez-vous au Philippe de 20 ans ?
Je lui dirais : « Calmos! » Il se la pétait un peu. Disons que j’avais plus d’orgueil que maintenant. Ça, c’est l’apanage de cet âge-là. Je croyais savoir des choses, et en fait je me suis aperçu que c’était une vraie connerie. En vrai, plus ça avance et plus tout est un mystère.

– Un mot de conclusion ?
Je n’aime pas conclure. Je préfère les choses qui restent en suspens…

_

Le Grand Bain

de Gilles Lellouche,
avec Philippe Katerine, Mathieu Amalric, Guillaume Canet et Benoît Poelvoorde. Comédie dramatique. En salles.

 

© image : Canal+

Propos recueillis par Fabien Menguy