Un phare venu de Gaza s’allume sur l’Esplanade : l’œuvre engagée de Shareef Sarhan à découvrir à Montpellier

Une œuvre née de la reconstruction

Sur l’allée de l’Esplanade Charles-de-Gaulle, à quelques pas du Corum, se dresse jusqu’au 21 octobre 2026 un phare multicolore d’environ 15 mètres de haut. Baptisée RE-LIGHTHOUSE, l’installation s’inscrit dans la programmation de la Saison Méditerranée 2026, qui met à l’honneur cette année les échanges artistiques entre les deux rives de la Méditerranée. Mais derrière la silhouette colorée et le nom presque ludique de l’œuvre se cache une histoire beaucoup plus lourde.

L’histoire d’un phare détruit, puis reconstruit

L’œuvre originale, intitulée LIGHTHOUSE, avait été érigée en 2015-2016 sur un rond-point du port de Gaza, à partir de débris et de matériaux recyclés glanés sur place. Elle a été détruite en 2023 par un char de l’armée israélienne, dans le contexte du conflit qui a frappé la bande de Gaza. Shareef Sarhan, l’artiste à l’origine de cette première version, l’a depuis reconstruite lors d’une résidence à la Cité des arts de la rue, à Marseille, avec le soutien des structures Lieux Publics, L’Échelle et les Ateliers Sud Side. Avant d’arriver à Montpellier, cette version renouvelée de l’œuvre a d’abord été présentée sur le parvis du Mucem à Marseille, puis à Bordeaux.

Qui est Shareef Sarhan

Né à Gaza en 1976, Shareef Sarhan est avant tout connu comme photographe et photojournaliste, documentant depuis la fin des années 1990 le quotidien des zones fermées de Palestine et les conflits successifs qui ont frappé la région. Il est l’un des membres fondateurs de Shababeek for Contemporary Art, un collectif d’artistes basé à Gaza qui a longtemps constitué l’un des seuls espaces consacrés à l’art contemporain dans l’enclave – avant que son bâtiment ne soit lui aussi détruit en 2024. Depuis plusieurs années, Sarhan s’est aussi tourné vers la récupération de matériaux de rebut – aluminium, débris de toutes sortes – pour créer des œuvres sculpturales et des installations, dont ce phare fait aujourd’hui partie.

Un programme de rencontres autour de l’œuvre

L’installation ne se limite pas à un simple objet à admirer de loin. Le programme prévoit plusieurs temps forts : une soirée d’allumage s’est tenue le jeudi 15 octobre à 18h30 au pied du phare, avec une proposition musicale et un banquet partagé, où chacun apportait un plat à partager. Le vendredi 16 octobre, une conférence-débat intitulée « Art et résilience » s’est tenue au FRAC en présence de l’artiste. Tous les après-midis, du 15 au 21 octobre, des permanences sont également tenues au pied de l’œuvre par Shareef Sarhan et l’équipe de L’Atelline, permettant aux passants d’échanger directement avec lui sur sa démarche.

Pourquoi s’y arrêter

Parce qu’une œuvre d’art peut aussi être un objet de mémoire et de résilience, et que celle-ci porte une histoire rare à voir exposée en plein centre de Montpellier. Parce que la Saison Méditerranée 2026 propose, à travers cette installation, une occasion concrète de dialogue entre les deux rives de la Méditerranée. Et simplement parce que l’œuvre, gratuite et accessible à tous, mérite un détour pour sa dimension visuelle autant que pour ce qu’elle raconte.

Le parcours de Shareef Sarhan, photographe devenu sculpteur à partir de matériaux de récupération, donne aussi à l’œuvre une dimension presque documentaire : chaque fragment recyclé dans la structure du phare porte avec lui une partie de l’histoire de Gaza et de son quotidien. Un angle rarement proposé dans l’espace public montpelliérain, qui mérite d’autant plus qu’on s’y arrête quelques minutes, que l’on soit familier de l’art contemporain ou simplement curieux.

Aux abords du Corum

L’Esplanade Charles-de-Gaulle permet de rejoindre à pied le quartier Antigone ou de pousser jusqu’au Peyrou, deux balades qui complètent facilement une visite de l’œuvre en fin de journée.

Infos pratiques

  • Dates : du 15 au 21 octobre 2026
  • Lieu : allée de l’Esplanade Charles-de-Gaulle, près du Corum, Montpellier
  • Tarif : gratuit, accès libre
  • Temps forts : soirée d’allumage le 15/10 à 18h30 ; conférence-débat « Art et résilience » au FRAC le 16/10 à 18h30 ; permanences quotidiennes l’après-midi avec l’artiste

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