Férales : Diane Devresse réveille notre part sauvage dans un premier roman publié à Montpellier

Que reste-t-il de sauvage en nous lorsque tout, autour, nous apprend à nous contenir ? Avec Férales, son premier roman publié ce 2 novembre chez Hall n°12, la Montpelliéraine Diane Devresse confronte deux mondes que tout semble opposer : celui d’Eve et Smael, élevés loin de la société au cœur d’une forêt, et celui de Joséphine, jeune femme happée par le rythme d’une vie parisienne apparemment réussie. Un roman choral entre nature writing, enquête et réflexion sociale, qui interroge notre rapport au vivant, à l’instinct et à ce que la civilisation laisse subsister de plus indomptable en nous.

Il suffit parfois d’un mot pour installer tout un imaginaire.

Férales.

On entend immédiatement quelque chose d’animal, de libre, peut-être d’inquiétant. Quelque chose qui aurait échappé à la domestication et retrouvé une existence en dehors des règles que l’on avait prévues pour lui.

Le terme convient plutôt bien au premier roman de Diane Devresse, publié ce 2 novembre par la maison d’édition montpelliéraine Hall n°12.

Car derrière son récit se cache une question finalement assez simple, mais beaucoup moins confortable qu’elle n’en a l’air :

avons-nous réellement cessé d’être sauvages ?

Pour y répondre, l’autrice ne choisit ni l’essai ni la démonstration.

Elle préfère faire se rencontrer des personnages que tout semble séparer.

Deux enfants loin du monde

D’un côté, il y a Eve et Smael.

Ils grandissent à l’écart.

Loin des villes, loin de la société ordinaire et de ses apprentissages.

Leur territoire est la forêt.

Là où d’autres enfants apprennent d’abord les règles sociales, eux doivent apprendre à observer, écouter, sentir et survivre.

Leur rapport au monde se construit donc autrement : à travers l’instinct, le silence et une perception particulièrement aiguë de leur environnement.

La nature n’est pas ici uniquement un joli décor dans lequel installer un récit.

Elle devient une manière d’être au monde.

Et cette différence est fondamentale.

Parce que derrière Eve et Smael apparaît déjà l’une des grandes questions annoncées par Férales : combien de ce que nous considérons comme naturel chez l’être humain est réellement naturel, et combien nous a simplement été appris ?

Et puis il y a Joséphine

À l’opposé presque parfait se trouve Joséphine.

Elle est jeune, talentueuse et installée dans ce que l’on pourrait considérer comme une vie réussie.

Paris.

Le travail.

Le mouvement.

Les sollicitations.

Une existence organisée par une société dans laquelle il faut avancer, réussir, répondre, produire, être au bon endroit au bon moment.

Tout semble lui sourire.

Ou presque.

Et c’est évidemment dans ce « presque » que les choses deviennent intéressantes.

Parce qu’en opposant l’environnement de Joséphine à celui d’Eve et Smael, Diane Devresse ne semble pas simplement vouloir raconter la confrontation caricaturale entre la nature et la ville.

Ce serait beaucoup trop simple.

Les deux univers deviennent plutôt deux manières de questionner nos instincts.

Que reste-t-il de spontané lorsque chaque comportement est socialisé ?

Que se passe-t-il lorsqu’on se trouve privé de ces cadres ?

Et surtout : sommes-nous vraiment devenus les êtres rationnels, civilisés et parfaitement maîtrisés que nous aimons imaginer ?

Lorsque les trajectoires des personnages finissent par entrer en collision, la frontière entre ces mondes commence nécessairement à se fissurer.

La sauvagerie n’est peut-être pas là où on l’attend

C’est probablement l’idée la plus stimulante de Férales.

Le sauvage n’est pas forcément celui que l’on croit.

Notre imaginaire associe volontiers la sauvagerie à ce qui vit hors des règles : la forêt, l’animal, l’instinct, celui ou celle qui n’a pas reçu les mêmes codes que nous.

La civilisation serait alors l’autre camp.

Celui de la maîtrise.

De la raison.

De la mesure.

Mais les choses sont évidemment beaucoup moins propres que cela.

Une entreprise peut être extrêmement civilisée dans ses apparences et particulièrement brutale dans son fonctionnement.

Une ville peut être ordonnée et produire une immense violence sociale.

À l’inverse, celui qui vit au plus près de son instinct n’est pas nécessairement dépourvu d’empathie, de loyauté ou de conscience de l’autre.

C’est dans cette zone beaucoup plus trouble que semble vouloir s’installer le roman.

Non pas opposer l’humain à l’animal.

Mais observer l’animal qui demeure dans l’humain.

« Féral », un mot qui dit déjà beaucoup

Le titre n’a donc rien d’anodin.

On qualifie généralement de « féral » un animal domestique retourné à l’état sauvage.

Il existe dans le mot une idée de retour.

Quelque chose a été domestiqué.

Quelque chose s’est éloigné de cet état.

Puis quelque chose revient.

Appliquée à l’humain, l’image devient particulièrement fertile.

Parce que nous passons une grande partie de notre existence à apprendre à contrôler ce qui nous traverse.

La colère.

La peur.

Le désir.

L’agressivité.

La fuite.

La domination.

La protection.

Tous ces réflexes auxquels la société fournit ensuite des règles, un vocabulaire, des permissions et des interdits.

Férales vient précisément gratter à cet endroit.

Que reste-t-il lorsque les règles se brouillent ?

Et que faudrait-il réellement enlever à un être humain pour que réapparaisse ce que l’on croyait avoir définitivement enfoui ?

La nature comme personnage

Le roman est présenté à la croisée du nature writing, du récit d’enquête et de la réflexion sociétale.

Le nature writing est encore relativement peu identifié en France par le grand public, alors que ses influences traversent depuis longtemps une partie importante de la littérature contemporaine.

Il ne consiste pas simplement à écrire « sur la nature ».

Dans ses formes les plus intéressantes, le paysage devient presque un personnage.

Le vivant cesse d’être le fond vert placé derrière les aventures humaines.

La forêt, les animaux, les saisons, les distances et les conditions matérielles de l’existence modifient la façon dont les personnages pensent et agissent.

Chez Diane Devresse, cette approche semble d’autant plus cohérente qu’elle sert précisément un récit qui interroge la frontière entre ce que nous appelons l’humanité et ce que nous repoussons du côté de l’animal.

La forêt devient alors autre chose qu’un espace où se cacher.

Elle devient un contrepoint à la société.

Un territoire dans lequel certaines conventions perdent leur sens et où d’autres règles apparaissent.

Diane Devresse, une écriture née entre plusieurs territoires

Derrière Férales, il y a aussi le parcours de Diane Devresse.

Écrivaine et scénariste installée à Montpellier, elle revendique un imaginaire nourri par plusieurs paysages et plusieurs continents.

En 2018, elle intègre le master de Création littéraire de l’Université Toulouse Jean-Jaurès.

C’est là que commence à prendre forme l’histoire d’Eve et Joséphine.

Ce détail est intéressant car Férales n’est donc pas un texte apparu du jour au lendemain avant d’être envoyé à un éditeur.

Le projet accompagne l’autrice depuis plusieurs années.

Diane Devresse s’intéresse particulièrement aux univers grinçants, qu’ils soient dramatiques ou comiques, mais aussi aux temporalités multiples, aux changements de points de vue et aux identités plurielles.

Son travail dépasse d’ailleurs le roman.

Elle développe également des projets de scénario, d’animation et de bande dessinée, tout en intervenant dans les milieux associatif et scolaire.

Une approche assez transversale de l’écriture qui explique probablement en partie la construction chorale choisie pour ce premier livre.

Écrire depuis les marges

Un autre élément revient régulièrement lorsque l’on découvre le travail de Diane Devresse : la question de la représentation.

L’autrice revendique une écriture attentive aux identités plurielles et aux personnages qui ne se situent pas nécessairement au centre des représentations habituelles.

Cette position correspond d’ailleurs assez naturellement à ce que Férales semble chercher.

Ses protagonistes vivent eux-mêmes, chacun à leur manière, dans des marges.

Eve et Smael se trouvent littéralement à l’extérieur du monde social.

Joséphine appartient en apparence à son centre, mais ce qui se joue derrière cette réussite vient progressivement compliquer cette position.

Et là encore, la marge n’est pas nécessairement l’endroit que l’on croit.

On peut être au milieu de Paris et profondément coupé de soi.

On peut vivre dans une forêt et développer au contraire une perception extrêmement précise du monde qui nous entoure.

Un premier roman qui correspond parfaitement à Hall n°12

Il n’est probablement pas anodin que ce texte paraisse chez Hall n°12.

La jeune maison d’édition indépendante implantée dans la métropole montpelliéraine revendique précisément une littérature contemporaine, engagée et attentive aux transformations sociales et écologiques.

Son ambition est de publier des écritures singulières, des premiers romans et des textes susceptibles de bousculer les représentations plutôt que de simplement reproduire des formats déjà installés.

Avec Férales, la rencontre paraît donc assez naturelle.

Le vivant.

Les fractures sociales.

La place de l’individu.

Les identités.

La confrontation avec les normes.

Tout cela correspond à la ligne éditoriale que Hall n°12 construit depuis plusieurs années.

Une petite maison d’édition qui veut faire les choses autrement

L’histoire de Hall n°12 mérite d’ailleurs que l’on s’y attarde.

Créée en 2023, la structure s’est développée autour de l’idée qu’une maison d’édition indépendante pouvait aussi devenir un véritable lieu de vie littéraire.

Publier des livres, évidemment.

Mais pas uniquement.

Hall n°12 développe également une revue littéraire, Kaléidoscope, organise des ateliers d’écriture, des rencontres et différentes initiatives destinées à faire circuler les textes et les auteurs.

La structure dispose également à Fabrègues de sa librairie associative, La Traverse de Marcelin.e, installée traverse Marcellin-Albert.

Un lieu volontairement à taille humaine, pensé autour des livres mais aussi des échanges qu’ils peuvent provoquer.

La maison était notamment présente pour la première fois à la Comédie du Livre de Montpellier en mai 2026, parmi les éditeurs régionaux.

Et derrière ce fonctionnement se trouve une idée assez simple : une publication ne devrait pas s’arrêter le jour où le livre sort de l’imprimerie.

Éditer localement, diffuser plus largement

Le positionnement de Hall n°12 est également intéressant dans une époque où l’édition indépendante doit constamment résoudre une équation difficile : rester petite sans devenir invisible.

La maison privilégie notamment les auteurs et autrices du territoire tout en cherchant à inscrire ses ouvrages dans des circuits de diffusion beaucoup plus larges.

Depuis 2026, elle travaille ainsi avec Amalia Distribution, spécialisée dans les éditeurs indépendants.

Les livres ne sont donc pas réservés à une petite librairie montpelliéraine ou au site de l’éditeur.

Férales est aujourd’hui référencé dans les circuits nationaux de librairie, ce qui permet au premier roman de Diane Devresse d’exister bien au-delà de son ancrage local.

L’impression, elle, reste ancrée dans la métropole : Hall n°12 travaille avec AGL Imprimeur à Maurin.

Une chaîne du livre assez intéressante : écriture montpelliéraine, maison indépendante locale, impression à quelques kilomètres, puis diffusion nationale.

Une littérature locale qui ne parle pas nécessairement du local

C’est aussi quelque chose que l’on aime dans ce projet.

Parce qu’une autrice montpelliéraine publiée par une maison montpelliéraine n’est pas condamnée à écrire un roman qui se déroule place de la Comédie pour être considérée comme une création locale.

La culture d’un territoire existe aussi à travers les artistes qui y travaillent, les structures qui les accompagnent et les projets qui y prennent forme.

Férales en est un bon exemple.

Le livre parle de forêt, de Paris, d’instinct et de rapport au vivant.

Mais derrière lui existe tout un écosystème créatif local.

Une autrice.

Un éditeur.

Un directeur artistique.

Un imprimeur.

Une librairie associative.

Des lecteurs.

Et bientôt une rencontre.

Le 20 novembre, passer du livre à la rencontre

Parce qu’un premier roman possède toujours quelque chose d’un peu particulier.

Il existe pendant longtemps dans l’intimité de celui ou celle qui l’écrit.

Puis quelques personnes le lisent.

Un éditeur arrive.

Le texte change.

Il devient un objet.

Et soudain des inconnus commencent à le lire.

Pour prolonger cette sortie, Hall n°12 prépare un événement de lancement le 20 novembre prochain, autour de Diane Devresse et de son premier roman.

L’occasion de rencontrer l’autrice, de revenir sur la naissance du projet et probablement de comprendre comment une histoire commencée plusieurs années auparavant dans un master de création littéraire devient, en 2026, un livre de 374 pages posé sur les tables des libraires.

Et pour un texte qui questionne autant ce qui se cache derrière les apparences, la conversation promet d’être intéressante.

Alors, avons-nous vraiment cessé d’être sauvages ?

C’est la question laissée par le synopsis.

Et c’est probablement aussi la raison pour laquelle Férales intrigue.

Parce qu’on sent bien que la réponse ne pourra jamais être simplement oui ou non.

Nous passons nos vies à construire des villes, des règles, des institutions et des conventions destinées précisément à organiser nos instincts.

Mais il suffit parfois d’une peur.

D’une rupture.

D’un désir.

D’un danger.

Ou simplement d’une rencontre.

Pour que quelque chose de beaucoup plus ancien refasse surface.

Férales semble vouloir regarder précisément ce moment-là.

Celui où la frontière bouge.

Où celui que l’on croyait sauvage ne l’est peut-être pas tant que cela.

Et où celui que l’on croyait parfaitement civilisé commence, lui aussi, à montrer les dents.

Férales — infos pratiques

Titre : Férales
Autrice : Diane Devresse
Éditeur : Hall n°12
Collection : Génération Intersection
Parution : 2 novembre 2026
Genre : roman
Pages : 374
Format : 14 × 19 cm
Prix : 20 €
ISBN : 978-2-487157-03-3
Événement de lancement : 20 novembre 2026
Maison d’édition : Hall n°12 — Montpellier / Fabrègues
Instagram : @hall12_editions
Site : hall12.fr


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