Des robots et droïdes en plein Montpellier

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Le 19 juin La Poste a mis en circulation, dans le centre-ville piétonnier, un chariot autonome « suiveur de facteur » . Puis début juillet, deux robots livreurs de la société Twinswheel seront testés à Antigone et au sein du coeur historique dans le cadre d’un programme d’expérimentation national qui va durer 3 ans !

« Les gens vont les voir, ça va aiguiser leur curiosité, surtout chez les jeunes » anticipe Chantal Marion, en charge du développement économique à la Métropole, partenaire de ce programme de « logistique urbaine automatisée ». Une curiosité d’autant plus attisée qu’au-delà de ces expérimentations, la loi Mobilités, actuellement débattue à l’Assemblée nationale, prépare un premier cadre réglementaire pour ces véhicules autonomes qui pourront rouler dès 2020.

Mais quelles sont au juste les capacités de ces droïdes mobiles, tout droit sortis des films de science-fiction et préfigurant la voiture sans chauffeur, genre Batmobile? À quoi serviront-ils, tant sur le plan des tâches précises que de la gestion urbaine globale? Enfin, et surtout, faut-il avoir peur d’éventuels accidents?

Le dispositif encadrant leur arrivée donne les premiers éléments de réponse. C’est un dispositif national, baptisé Expérimentation du véhicule routier autonome (Eyra). Objectif: « Développer les usages et la connaissance de ces systèmes par les citoyens et les acteurs des territoires. » Et aussi « construire leur futur cadre de régulation ». Une démarche prudente, progressive, mais qui mise clairement sur les robots pour favoriser les mobilités urbaines et rurales (dans l’Indre, notamment).

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Sous l’égide d’Evra, le ministère des Transports vient de sélectionner 16 expérimentations pilotées par des industriels du transport (PSA, Renault, Valeo, RATP, Transdev, Keolis, Alsthom et, ici Twinswheel), avec le concours des collectivités locales. Ces tests se dérouleront à Paris, Rouen, Rennes (navette sans chauffeur sur le campus), Nantes (navette tram/aéroport), Vichy, Clermont-Ferrand, Nice, Toulouse (navette établissement médical/parking) et, donc, Montpellier, seule expérience de transport de fret . Le robot livreur montpelliérain est développé depuis cinq ans par Twinswheel, start-up occitane de 13 personnes incubée à Cahors (Lot) et portée par Andarta Robotics à Lyon.

« À la base, nous l’avons conçu pour notre propre société, Soben, à Cahors, explique Vincent Talon, un des deux frères entrepreneurs. Il déplace pièces et outils dans notre atelier de fabrication d’amortisseurs et de trains d’atterrissage. Puis nos clients (Renault, SNCF, Enedis/ Siemens en Allemagne et Belgique, Nissan aux Etats-Unis) l’ont vu et acheté pour leurs usines. » À Montpellier, ce sera la 5e version, baptisée TH05 Pégaze. Ce droïde à quatre roues peut transporter 120 kg de charge, à la vitesse maximale de 12 km/h, avec une autonomie électrique de 20 km. Bardé de capteurs (caméra 3 D, laser, ultrason et infrarouge, GPS, 4 G), il reconnaît les voix et les visages. On peut donc lui parler, en l’invitant à suivre l’opérateur -mode follow me – ou à se déplacer tout seul – mode autonome, après avoir reconnu et cartographié l’environnement grâce à son intelligence artificielle. Pour sa part, le robot suiveur de facteur mis au point par La Poste est limité au mode follow me .

Pégaze et ses usages vont évoluer.

« La première année sera consacrée à sa validation technique dans l’espace public, explique Vincent Talon. À partir de la deuxième année (juillet 2020), nous travaillerons avec La Poste sur de la livraison de colis, et avec le logisticien Stef, pour la livraison de produits frais vers les commerces et restaurants. Là, les droïdes seront transformés pour des charges de 300 et 500 kg, et iront jusqu’à 25km/h. » D’un coût global de 775000 € ), cette expérimentation sert plusieurs objectifs de gestion urbaine. « D’abord elle encourage les véhicules électriques qui ne polluent pas l’air et qui, à terme, réduiront les bouchons montpelliérains en remplaçant les camionnettes », répond Chantal Marion. Ensuite, poursuit l’élue, « elle renforce l’écosystème numérique de Montpellier; déjà pointu en robotique médicale et en recherche, avec le Lirmm, IES, Polytech et les Mines d’Alès « . Enfin, dans une / approche plus sociale, « l’expérimentation nous familiarise avec des outils robotiques qui vont aider les personnes âgées ou handicapées à faire leurs courses », complète Fabien Blasco, le M. Innovation de la Métropole.

Côté Twinswheel, le test montpelliérain fait également office de rodage avant une vraie commercialisation en 2022, quand la loi le permettra. Une commercialisation « auprès des entreprises ou des collectivités, qui loueront ou mettront à disposition le droïde », précise Vincent Talon. Sans qu’on sache encore si la Métropole de Montpellier en fera l’acquisition… Car il reste des incertitudes. Ce n’est pas pour rien que le test montpelliérain sera tout spécialement évalué sous l’angle de « la sécurité et de l’acceptabilité ». Certes, la perception des véhicules autonomes n’est pas forcément négative, comme en témoigne à sa manière la sympathique Coccinelle de Disney. Certes, l’imperturbable robot est un bien meilleur conducteur que le très faillible humain.

un sujet d’Olivier Rioux / Photos D.R la Gazette de Montpellier