C’est à travers une esthétique qu’il définit comme étant du «Pop Art Conceptuel», que Stéphane Kouchian déploie un vocabulaire visuel dont l’aspect séduisant et attractif ne sert en réalité qu’à duper le spectateur et l’amener à se questionner sur le sens de ce qu’il voit. Le projet d’exposition PETROLEUM se présente ainsi comme un terrain de jeu à l’échelle de la galerie où s’entrechoquent les réflexions de l’artiste autour de l’humain et du geste artistique.


Considérant toutes les formes de ses productions comme communicantes et décloisonnées, l’intermédialité des œuvres de l’artiste prend naissance dans la convergence d’images allusives, de médiums faisant référence à d’autres. Dans une démarche d’expérimentation perpétuelle, Kouchian procède également à des jeux de changements d’échelles, agrandissements ou miniaturisations, et réinitialise des éléments issus de la culture populaire – univers du jouet, de la mode, des loisirs créatifs – en les projetant dans le champ de l’art.


Stéphane Kouchian, par le choix du titre PETROLEUM, propose une strate supplémentaire de lecture de ses œuvres.

Le pétrole est un matériau qui à partir du XIXe siècle devient synonyme de progrès et de révolution technique initiant l’âge du pétrole (Petroleum Age). Son produit dérivé, le plastique, contamine intégralement nos quotidiens au XXe siècle jusqu’à être considéré comme personnification du désastre écologique. Cette évocation est un moyen de questionner, au-delà d’une matérialité et d’une apparence séduisante, ces envahisseurs modernes, et de cerner ce motif insaisissable par la pluralité de ses formes. Le projet artistique PETROLEUM suggère ainsi ce constat, cette ambivalence qui dicte notre rapport au pétrole et au plastique : entre fascination et répulsion, entre nécessité et menace.

PETROLEUM par Stéphane KOUCHIAN à l’Espace St Ravy 1 - MontpelYeah Magazine

Le spectateur découvre en pénétrant dans l’espace la sculpture/installation Barbie, visite au Musée (2008-2016), détournement d’une icône de l’American way of life qui in fine permet à l’artiste, grâce à la miniaturisation de ses propres oeuvres de mettre en abîme de manière critique et ironique l’expérience muséale et de poser une question particulièrement significative : comment regarde-t-on aujourd’hui l’art contemporain ?

Ensuite, la série de peintures sculpturales Plastiques II (2019), propose une relecture de bijoux fantaisies des années 1980 en mettant le spectateur non pas face à de simples agrandissements pop, mais en le confrontant à des peintures en relief aux compositions abstraites géométriques.
Les 18 peintures ‘radicales’ de la série Aphantasia (2019-2020) envahissent deux murs de la galerie.
Son protocole d’execution relevant d’une série de gestes nonchalents et un brin provocateurs par leur simplicité même, rappelle une évidente esthétique postmoderne qui rencontrerait des formes abstraites et minimalistes ; Aphantasia rejoue avec dérision certains des grands mouvements de peinture du XXème siècle.

PETROLEUM par Stéphane KOUCHIAN à l’Espace St Ravy 3 - MontpelYeah Magazine

La deuxième partie de la galerie est dédiée au projet La Traversée (2021), une série de sculptures tissées en perles de bois, composée d’un paon, d’une cigogne, d’un singe, d’une mouche, de deux chiens, d’un perroquet, d’un cobra et d’un flamant rose. Ces objets prenant pour modèles des animaux miniatures réalisés en perles de rocaille issus de manuels de loisirs créatifs, sont agrandis 16 fois et télescopés dans l’espace d’exposition à l’instar d’images désincarnées, réduites à une idée, à une allégorie d’elles-mêmes, enfermées dans leur propre fable. Ainsi, le perroquet, symbole de l’éloquence et de la beauté, renvoie à une représentation de l’exotisme – victime de la domestication humaine. Loin de sa splendeur habituelle, on le retrouve ici prostré dans un coin.


Le chien quant à lui, descendant du loup-gris, est le premier animal domestiqué et « crée » par l’Homme. Insouciant, il se détache par conséquent du reste des animaux sauvages.

Abordant les schémas de tissage à la manière de protocoles conceptuels, Kouchian rejoue ces gestes répétitifs, dépourvus de singularité et réalise des compositions sarcastiques d’animaux aux couleurs artificielles, qui découlent de nos conceptions simplistes du monde animal.
Énigmatiques et dérangeants, ces animaux-objets d’apparence plastique s’érigent dans la pénombre, dramatiquement éclairés, comme des colosses déchus, accablés par la main de l’homme.


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