Les librairies Sauramps vont elles fermer ?

Sauramps: deux repreneurs pour une librairie emblématique

Considérée comme la troisième librairie indépendante de France, Sauramps s’apprête à prendre un nouveau virage. « Sauramps au Triangle, c’est une machine, il faut le préserver: l’arrivée d’un nouvel associé pourrait lui permettre de redémarrer. »

C’est l’homme d’affaires Marcel Salerno qui avait levé le lièvre mi-novembre, en confiant à La Gazette qu’un projet de rachat de la librairie était en cours de négociation. Le businessman avait bien vu: Jean-Marie Sevestre, 67 ans, patron du groupe Sauramps, envisage très sérieusement de passer la main.

Catastrophique. Une offre de reprise lui a déjà été adressée et une seconde devrait lui parvenir, incessamment. Des noms de repreneurs circulent:
L’Armitière à Rouen et La Maison du livre à Rodez.
Deux libraires ayant brillamment réussi à développer leur entreprise ces dernières années. Mais, clause de confidentialité oblige, aucun nom ne peut être officiellement confirmé par les parties. Le choix du repreneur devrait se faire dans les derniers jours de décembre.

Face à des difficultés financières persistantes depuis plusieurs années l’avenir et la viabilité de Sauramps étaient devenus sources de préoccupation pour les 140 salariés du groupe (Alès, boutiques du musée Fabre, Polymômes, Triangle, Odysseum).

« Depuis plusieurs mois, voire des années, la direction a tout laissé en suspens, s’alarme ainsi Julien Domergue, employé à la logistique, délégué du personnel et représentant du syndicat Sud-Solidaires.
« La fréquentation baisse, le chiffre d’affaires dégringole. On a des réunions où on
nous dit que c’est catastrophique!’

Selon un connaisseur de l’entreprise, Sauramps serait même suivi par le tribunal de commerce, dans le cadre d’un ‘mandat ad hoc’ : une procédure confidentielle de « règlement amiable des difficultés, dont le but est de rétablir la situation de l’entreprise avant qu’elle ne soit en cessation des paiements . Atypique. Jean-Marie Sevestre ne nie pas les problèmes. Loyer bien trop important à Odysseum (avec les charges, il s’élèverait à pres de 800000 euros par an), locaux vieillissants et inadaptés au Triangle, perte d’attractivité du centre-ville…

« Un groupe comme le nôtre, ça effraie beaucoup », reconnaît le PDG, conscient des obstacles qui attendent le repreneur. Mais il tient également à rappeler que l’entreprise est une exception en France : « A Toulouse, qui est une ville plus grande que nous, il n’y a pas une librairie qui fait plus de chiffre que nous. Montpellier est atypique avec beaucoup d’étudiants, et des gens qui aiment les livres. On a vraiment beaucoup, beaucoup, beaucoup de clients.’ Pour Matthieu de Montchalin, président du Syndicat de la librairie française (le SLF, que Jean-Marie Sevestre a présidé dans les années 2000), il faut arrêter le « Sauramps bashing » très en vogue ces jours-ci à Montpellier: C’est un fleuron, une librairie emblématique, il n’y en a pas cinq comme ça en France!
Il y a trois mille librairies dans ce pays et on voudrait nous faire croire que la troisième n’a pas sa place. Il ne faut pas exagérer les difficultés. » Fort de sa belle notoriété, d’une réputation solide, d’une clientèle fidèle, mais avec un fragile bilan financier, comment le repreneur pourra-t-il redonner des couleurs à l’enseigne Sauramps 7 « Il faudra un refinancement important’, estime Denis Mollat, directeur de la librairie Mollat, première librairie indépendante de France, installée à Bordeaux. « Le Centre national du livre et l’Association pour le développement de la librairie de création (Adelc) devront accompagner la reprise.’
Une piste corroborée parJean-Marie Sevestre: Rien ne se fera sans l’accord et le soutien de l’Adelc, qui est déjà actionnaire de 5 % du groupe. Mais au final, c’est le projet commercial et la capacité d’investissement du repreneur qui feront la différence.’ Pour le président du SLF, Matthieu de Montchalin, faudra que l’investisseur ait les moyens de faire des travaux au Triangle et porte un véritable projet de continuation de l’entreprise’.

Jean-Marie Sevestre, qui pourrait rester encore quelques mois à la tête de Sauramps, a déjà une feuille de route pour la suite. Priorité numéro un: faire baisser les loyers de Sauramps Odysseum en réduisant d’un tiers la surface occupée là-bas.

Priorité numéro deux: rénover la librairie du Triangle tout en se redéployant dans la galerie actuelle pendant les travaux.

Priorité numéro trois: relancer Polymômes, peut-être en le déplaçant vers l’Écusson. Pour que vive Sauramps et que les 140 salariés soient maintenus dans leur grande majorité à leur poste, Jean-Marie Sevestre en est convaincu: « La reprise, c’est l’assurance de la pérennité.

Entretien par Y Yoldolre
20 décembre

Les deux dossiers de reprise du groupe Sauramps doivent être examinés lors d’une réunion à Paris. le mardi 20 décembre. dans les locaux de l’Association pour le développement de la librairie de création (Adelc). Le repreneur devrait être choisi dans la foulée.

EN VENTE DEPUIS DEUX ANS En 2014, une première offre de reprise présentée par Florent Moure, l’ancien directeur de Sauramps Odyssée, salarié du groupe depuis 1993, avait été rejetée par les trois actionnaires du groupe Sauramps. « On n’a Jamais su ce qui avait fait capoter cette offre », assure Julien Domergue, délégué du personnel de l’entreprise.