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Rencontre avec Marie Kirschen, fondatrice de "Well Well Well", revue semestrielle à destination des lesbiennes.

Rencontre avec Marie Kirschen, fondatrice de « Well Well Well », revue semestrielle à destination des lesbiennes.

« On ne s’y attend pas forcément mais la communauté LGBT n’est pas exempte de sexisme. Les gays ont parfois des réflexions assez misogynes… », sourit Marie Kirschen, fondatrice de la revue « Well Well Well ». La jeune journaliste – diplômée du CFJ et biberonnée à « Têtu » « à défaut d’un magazine plus ouvert aux lesbiennes » – a commencé par travailler comme pigiste avant de diriger tetu(e). com de 2010 à 2013. « Lesbia Magazine », le mensuel de ses aînées, disparaît des kiosques en 2012, suivi de « la Dixième Muse » en 2013. Stéphanie Delon n’a pas encore lancé le mensuel numérique Jeanne Magazine. Il n’y a plus de média lesbien à proprement parler sur le marché :

Les filles attendaient toujours un “Têtu” pour lesbiennes. J’ai eu envie de créer un bel objet que les lecteurs auraient envie de garder. »
Elle opte pour le modèle du mook (mag-book), vendu 15 euros en librairie et en ligne. Comment financer le projet ? « Les annonceurs sont déjà timides avec les gays, alors avec les lesbiennes… », souligne Marie Kirschen. Cette catégorie appelée Dinks (Dual Income, No Kids : couple actif sans enfant) dans le jargon publicitaire est pourtant prisée pour son budget a priori confortable et disponible pour les loisirs et les cosmétiques. « Les filles seraient très flattées qu’on les prenne pour cible mais dans l’esprit des annonceurs, une lesbienne est une femme moche qui ne se maquille pas. » L’équipe déterminée et bénévole de « Well Well Well » fera sans eux.

On a lancé une souscription sur Ulule : 10 000 euros obtenus dans les quinze premiers jours. Les 3 000 exemplaires du numéro 1 se sont écoulés en un mois, on s’est vite retrouvés en rupture de stock. »

En septembre 2014, l’élégante revue prend place en librairie avec Céline Sciamma, la réalisatrice de « Tomboy » et de « Bande de filles », en couverture. Format 21 x 29,7 cm, dos carré collé, beau papier, belles photos. « Nous ne traitons pas l’actu chaude à cause de notre parution semestrielle mais nous proposons des longs formats sur des sujets culturels et sociétaux, orientés LGBT » : reportages sur les lesbiennes à Kiev ou témoignages sur la violence au sein des couples lesbiens.

Marie Kirschen tient beaucoup à la rubrique « Notre histoire » :

L’idée est de rendre visibles des faits historiques dans lesquels les femmes ont eu un rôle important. Je me suis rendu compte que j’étais très pointue sur la culture gay mais beaucoup moins au fait de la culture lesbienne, car la presse LGBT est dominée par les hommes, et la culture gay, très masculine »
La chanteuse Soko fait la une du numéro 2, tiré à 5 000 exemplaires. « Well Well Well » met en pratique dans ses pages la féminisation de la langue française et a d’ailleurs établi un « petit précis de grammaire égalitaire » que tous les représentants de la presse LGBT mettent un point d’honneur à utiliser dans leurs publications. Soit une revue libre et sans complexe, réalisée par un noyau dur d’une dizaine de personnes, sans publicité et sans distributeur… « C’est un peu dur de tenir bénévolement », reconnaît Marie Kirschen, qui prépare avec son équipe le prochain numéro prévu pour le printemps.

Anne Sogno