Laurent Ballesta • le plongeur certifié sud de France

Natif de Vendargues, le plongeur Laurent Ballesta a mené des expéditions dans le monde entier, notamment pour l’émission « Ushuaïa ». En juillet, le « National Geographic » américain consacre 30 pages à ses photos et on parle de lui pour animer « Thalassa ». Itinéraire d’un biologiste explorateur.

De retour de Tahiti le 4 mai, après une semaine de conférences sur ses photos, Laurent Ballesta est un brin « jetlague. Le sportif aux yeux bleus, aussi clairs que des fonds coralliens, nous reçoit pourtant le jour même dam son école de plongée carnonaise, tout près du port. C’est qu’il y a urgence. « Je pars après-demain à La Réunion pour le festival du film d’aventures », explique le biologiste plongeur entre deux bâillements. « Dix jours plus tard, je reviens à Roissy. À l’aéroport, je loue une voiture et me rends en Bretagne chez Nicolas Hulot pour les 30 ans d’Ushuaia.

Le soir même, retour à Roissy et départ pour deux mois d’expé’ polynésienne. Sur l’atoll de Fakarava, je vais étudier et filmer la chasse nocturne des meutes de requins gris… » Agenda hallucinant, mais pas tout à fait tenu. L’anniv’ d’Ushuaïa, qui devait regrouper les collaborateurs de l’émission culte, a bien sûr été annulé pour cause de nomination de Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique et solidaire. Du coup, Ballesta est directement reparti vers les lagons polynésiens avec toute une équipe et des tonnes de matériel. L’odyssée bourlingueuse, cela fait presque vingt ans que ça dure. Après une centaine de missions d’exploration et quelque 8 000 plongées, dont celles d’ Antarctica diffusé récemment sur Arte, qu’est-ce qui fait encore courir, ou plutôt nager, ce globe-trotter de 43 ans ? Comment le petit Vendarguois a-t-il pu se mettre dam le sillage du grand Hulot ?
Et derrière sa soif de découverte scientifique, ou sa passion de la photo, n’y a-t-il pas des motivations plus intimes ?

Laurent est issu d’une famille modeste de pieds-noirs (Sidi Bel Abbés) qui ont pris racine à Vendargues. Le père, qui vit encore près des arènes, est postier, la mère laborantine.  » On était des fans de plage » , raconte Jean-François Ballesta, le papa, 73 ans, plutôt en forme.  » En plus de Palavas et Carnon, on partait chaque année en vacances en Espagne avec Laurent et son petit frère. Ma femme ne savait pas nager, moi je nageote. Laurent, lui, passait ses journées dans l’eau avec un masque. Et à chaque fois, il revenait avec des yeux comme ça » , fait-il en mimant avec ses mains l’exaltation du pitchoun. Tracer sa propre route c’est un des moteurs d’origine de Ballesta l’explorateur.

« Mes passions ne correspondaient pas aux passions familiales », commente-t-il sobrement. En cette terre de bouvine, ses grands-parents ne jurent que par chevaux et toros. Son père, joueur puis entraîneur de l’équipe vendarguoise, veut mettre son fils au foot. Ce qu’il fait un temps. Mais rapidement Laurent, « toujours scotché devant les émissions de Cousteau »

Il impose son propre choix : la plongée, qui se révélera un choix de vie. Dès 4-5ans, son père le met à la piscine de l’ASPTT – l’asso sportive des postiers, aujourd’hui piscine Alfred-Nakache, route de Vauguières. Et à 13 ans, la famille ayant l’intelligence d’accepter les rêves de l’ado, il y commence ses cours de plongée.

 

Sa mère l’amenait dans sa 404 sur des spots vers Banyuls ou Marseille, se souvient le paternel

Le jeune plongeur apprécie aussi les rivières locales, en particulier un site « paradisiaque; près du pont de Saint Étienne d’issensac, au confluent de l’Hérault et du Lamalou.
La richesse des milieux locaux, à laquelle il a rendu hommage dans ses premiers livres, nourrit sa vocation de plongeur contemplatif, fasciné par les écosystèmes sous-marins. Dès lors, l’orientation vers la fac de sciences de Montpellier s’impose naturellement pour cet étudiant « pas très brillant, mais bûcheur ». Jusqu’à un master en biologie marine et écologie, que Laurent compte utiliser « pour plonger tout le temps ». A 23 ans, en complément de ses études, le biologiste fait sa première découverte: une nouvelle espèce de poisson, le gobie d’Andromède, dans la réserve de Cerbère-Banyuls.

Par la suite, il identifiera d’autres espèces jamais décrites, tels une étoile de mer et un alcyonaire géant (animal qui ressemble à une fleur) en Nouvelle-Calédonie. Sans parler d’autres publications scientifiques, comme celles sur le coelacanthe, poisson préhistorique déjà connu, mais photographié polir la première fois par Ballesta.

 

La connaissance scientifique, « la découverte des extra-terrestres qui vivent sur notre planète », comme dit Laurent: c’est une des motivations de son voyage au long cours. Mais il y a aussi la photo, le travail artistique » pour lequel il a été récompensé à plusieurs reprises. La structure créée à Carnon, Andromède Océanologie, avec son copain de fac Pierre Descamp, a d’ailleurs cette double vocation d’études océanologiques (cartographie, inventaire) et de valorisation artistique du milieu marin. Mais cette double ‘quête’ n’aurait pu prendre son ampleur planétaire sans une expérience singulière et une rencontre décisive. L’expérience : à 24 ans, Ballesta fait son service militaire en Polynésie comme biologiste marin.

Il en ramènera moult photos de pescaille exotique. Et aussi l’utilisation d’une technologie militaire : le recycleur électronique, qui lui permettra par la suite de plonger plus profondément et plus longtemps.

La rencontre celle de Nicolas Hulot, bien sûr. À 25 ans, en vacances chez une copine en Corse, à Quenza, Laurent apprend que le patron de la Rolls de l’exploration télévisée vit dans le coin. Et qu’il prend son café tous les matins au bistrot du village. Ni une, ni deux, le culotté jeune homme planque au café et aborde Hulot. Il lui montre ses images, ils échangent sur leur passion commune pour la protection de l’environnement, marin surtout. Et bingo : Ballesta est embauché pour un repérage… en Nouvelle-Zélande ! Suivront Nouvelle-Guinée, Bornéo, Madagascar, Sibérie, Soudan, Basse-Californie, Mongolie, Équateur, Galapagos, Australie, Chili, Botswana, Costa Rica, Belize, Indonésie, Philippines, Amazonie, Cuba, Namibie, Islande, Tchad, Kamchatka… : de 1999 à 2011, le -conseiller scientifique en milieu marin’ d’ Ushuaia Nature TF1 fait un tour du monde
aquatique, en explorant les plus beaux sanctuaires de vie sauvage.

Laurent ballesta

Souvent à ses côtés, un autre Montpelliérain (le monde est petit!), Gilles Santantonio, expert en moyens aériens pour Ushuaia. « Nicolas (Hulot) appréciait beaucoup Laurent, témoigne-t-il. Ses qualités de plongeur, bien sûr, son regard artistique, mais aussi sa présence photogénique à l’écran, son sens du récit, son côté bon compagnon d’expé’. À tel point qu’à l’issue de la projection du Coelacanthe, au siège de TF1, en présence des boss de la chaîne, Nicolas a clairement dit qu’il souhaitait que Laurent lui succède. Mais ça ne s’est pas fait. Peut-être à cause de son accent méridional.’ Sans doute en raison de la crise économique quia poussé à la suppression de cette émission aux gros moyens.

Reste que le plongeur a rebondi en multipliant les collabo-rations, notamment avec Arte. Et en enchaînant les défis: record de la photo la plus profonde jamais faite à -190 m au large de Nice, plongée de 24h en Polynésie, plongée polaire de 5h. Avec quel impact sur sa santé?

Je me sens en meilleure forme qu’il y a dix ans, répond. Ballesta. J’ai un préparateur physique. Chaque jour, pendant une heure, je fais cardio, muscu, gainage, footing. En expé, je me couche à 9h, comme les enfants. » L’enfance, l’adolescence : au-delà de la passion de Ballesta pour la découverte et la photo, c’est peut-être dans ces grandes profondeurs qu’est enfoui le secret de son inépuisable motivation. ‘La mort de sa maman, emportée par un cancer quand il avait 17 ans, a beaucoup marqué Laurent, confie son père. Il lui a tenu la main jusqu’au bout. Lors de ses longs paliers de décompression, je sais qu’il pense à elle…

La plongée comme thérapie? Seule certitude, à 43 ans, ce séduisant célibataire aux multiples conquêtes a décidé de grandir » (dixit lui-même). Je suis en couple depuis deux ans. On a un projet d’enfant », lâche-t-il. Avec sa compagne, il est en train d’aménager une cabane perdue dans les roseaux, au bord de l’étang de l’Or. En zone inondable, bien sûr.