KARNAVAL des Gueux, casseurs ou fêtards, pourquoi cela dégénère ?

Malgré l’interdiction du Karnaval des gueux, et la présence de nombreux policiers mardi 13, quelques dizaines de “fêtards” ont agressé les forces de sécurité et causé des dégradations entre Figuerolles et Rondelet. Qui sont-ils ? Que veulent-ils?

« Je m’étais préparé a ce que ça parte en vrille. Comme tous les ans depuis quatre ans «  nous dit un étudiant montpelliérain de 19 ans, a été au rendez-vous, mardi 13, du ‘Karnaval des gueux », avec sa ‘bande de potes’.
Et effectivement, comme l’année précédente, ce carnaval foutraque, alternatif et libertaire est une nouvelle fois parti en vrille. Malgré l’interdiction du maire et du préfet.
Tenus à l’écart du centre-ville par un important dispositif policier, les 200 carnavaliers ont été maintenus en périphérie.
Certains d’entre eux. masqués. ont allumé des feux de poubelles et pris pour cible des voitures, des panneaux publicitaires
et du mobilier urbain en lisière du centre.
Bilan des affrontements avec la police: quatre policiers blessés, dont un grièvement, cinq interpellations, et deux personnes finalement déférées devant la justice.

“Symboles du capitalisme ». Pour Paul, un jeune activiste d’extrême gauche, le ‘Karnaval’ est un moment éminemment politique. ‘Le Karnaval, c’est la fête qui retourne, il est illégal ou il n’est pas. »
Les violences contre ‘les symboles du capitalisme”, pour lui, n’en sont pas: ‘Ce jour là, ceux qui prennent des agios cassent les banques, ceux qui en ont marre de la publicité cassent des panneaux publicitaires. » Il reconnaît volontiers que si la police n’avait pas empêché l’accès au centre ville, « ca aurait été aussi le bordel intégral, mais dans le centre”.
Selon lui, l’évenement n’a « pas d’organisateur’.
Cette année, comme l’an dernier, il a néanmoins été annoncé par la page Facebook d’un ancien squat alternatif, celui du ‘Royal occupé »,
dans un ex-cinéma proche de la place de la Comédie.
En 2016, c’est un autre squat militant, celui du ‘Kalaj’, qui avait fixé le rendez- vous.

« Chaque année, c’est un squat différent qui le gère”, raconte Tristan’, un jeune intermittent qui a participé plusieurs fois au ‘Karnaval des
gueux’. 146 personnes ont annoncé leur participation à la manifestation sur Facebook cette année. Parmi elles, beaucoup de jeunes et d’étudiants, surtout de l’université Paul—Valéry, des artistes et techniciens du spectacle, une poignée de profs et de salariés du privé,..

“J’aime casser des trucs.” Quelques-uns, les plus militants, partagent les publications du « Royal occupé’, les appels d’un « syndicat
de combat universitaire » pour l’occupation de Paul-Valéry, ou un appel à manifester contre la Ligue du Midi. Rares sont ceux qui affichent
publiquement des symboles anarchistes ou anti-flics.

À l’évidence, le carnaval attire au-delà du cercle des squatters militants. Estelle, 21 ans, une Montpelliéraine qui poursuit ses études a
Barcelone, est revenue à Montpellier pour l’édition 2018. « j’aime ce
moment de fête, ou les gens s’approprient la rue, Mais les demières fois
où j’y ai participé, c’était plus famillial.’ Elle ‘ne partage pas celle idée
d’un Karnaval avec un “K’, en mode révolution, ou on vient pour casser les banques et crier des slogans contre la police’.

Un côté qui ne gêne pas Thomas:’Ça m’est arrivé de proposer des slogans a » ceux qui taguaient.’ Mais, mardi 13, l‘étudiant dit être intervenu contre « quinze à vingt personnes’ qui voulaient déplacer des voitures pour en faire une barricade dans le quartier populaire de Figuerolles. « Quel intérêt de s’en prendre aux voitures de gens modestes, dans un quartier populaire ? D’autant qu’à ce moment-là, la police n ‘auvait même
pas chargé! L’un m ’a répondu:
‘C’est qu’un pare brise, on s’en fout », et un autre: ‘Moi j’aime bien casser des trucs, et alors ?’
’Écœuré’, Thomas ne reviendra pas pour l’édition 2019. « Jamais répression ne tuera carnaval”, assure au contraire Paul, l’activiste. Lui donne
rendez-vous, ’à l’année prochaine”.

INTERPELLES

La police a procédé à cinq interpellations le 13 février au soir.
Trois personnes sont remises en liberté à l‘Issue de
leur garde à vue. Le dernier est placé en détention provisoire dans l‘attente de son procès. Il est accusé d’avoir
violemment attaqué un policier par-derrière. Avec une bouteille en
verre dont le contenu était gelé. il a frappé le fonctionnaire au visage.
Grièvement blessé. ce dernier est sorti de l’hôpital avec quinze Jours d‘interruption totale de travail.

CONDAMNATIONS UNANIMES

Le maire Philippe Saurel qui a “porté plainte » après les dégradations dénonce des “bandes organisées » dont l’action n’a rien à voir avec une
manifestation de carnaval. Le préfet “condamne fermement » les “exactions” et “salue le professionnalisme et le sang-froid des agents de
la force publique ». Le conseiller municipal PS Michaël Delafosse « exprime », lui aussi. sa “plus grande solidarité envers les forces de l’ordre
oui ont été blessées. parfois gravement“. mais également à « tous les Montpellierains (raines) attachés à l’esprit du carnaval qui ont été choqués d’assister de telles scènes dans leur cœur de ville ».

Voix dissonante. Rhany Slimane. représentant de La France insoumise, met en cause le maire, qui, en interdisant la manifestation, aurait « joué » au pompier pyromane dans sa gestion du Karnaval des gueux et a donné à
ces enfants de notables, ce qu’ils sont pour la plupart, un alibi moral pour dégrader la ville ».