EXCLUSIF Place de la Canourgue LE NOUVEAU PROJET DES POURCEL

Pourquoi et comment les chefs montpelliérains vont investir la place de la Canourgue par Olivier Rioux Il y aura peut-être quelques larmes le dernier jour, mais c’est pour mieux rebondir.’ Forcément ému, Jacques Pourcel ne fait pas pour autant dans la nostalgie.

Samedi 26 mars 2016, après vingt-huit ans d’aventures culinaires, Le Jardin des Sens de l’avenue Saint-Lazare ferme ses portes. Au printemps 2019, si tout se passe comme prévu, le nouveau Jardin des Sens* de la place de la Canourgue ouvriront un restaurant gastronomique et un hôtel haut de gamme au coeur du Montpellier historique le plus prestigieux.

En exclusivité grace au journal La Gazette de Montpellier, nous vous présentons ci-contre ce projet d’aménagement de l’hôtel Richer de Belleval, Hôtel particulier du XVII° siècle, puis mairie de Montpellier jusqu’en 1976 et tribunal des prud’hommes jusqu’en 2010. Dessiné par l’architecte parisien Philippe Prost (1), le projet est porté par le groupe Pourcel-Château (Olivier Château, l’associé des jumeaux) et le promoteur immobilier Helenis, filiale du groupe GGL.

 

Il sera détaillé ces jours-ci au Salon de l’immobilier du Corum.  »Le permis de construire sera déposé en avril », assure Thierry Aznar, le patron d’Helenis, qui investit la totalité des 11,4 ME nécessaires, dont 1,1 ME pour l’achat de l’hôtel particulier à la Ville. Après 12 à 14 mois d’instruction, les travaux devraient commencer en 2017. Et au deuxième trimestre 2019, l’hôtel Richer de Belleval (il gardera son nom historique) sera inauguré. Également lieu d’exposition d’art contemporain, cet ensemble hôtelier de 1880 mètres carrés pourrait devenir la locomotive économique et touristique de l’hypercentre.

 

Mais avant de préciser les contours de ce projet qui fait rêver, il faut en connaître la genèse en commençant par les diverses motivations des frères Pourcel qui ont surpris tout le monde en annonçant qu’ils allaient changer de vie. C’est La Gazette encore qui a révélé, en avril 2014, la fin programmée du Jardin de l’avenue Saint-Lazare, quartier un peu excentré proche des Beaux-Arts.

Nous voulons ouvrir en centre-ville un petit bistrot chic d’une trentaine de couverts (une centaine au JDS de Saint-Lazare) et peut-être quelques chambres d’hôtes, dans un hôtel particulier avec jardin, nous confiait alors Laurent Pourcel.

Après des décennies à bosser comme des dingues, on veut travailler moins et se faire encore plus plaisir.’ L’envie de souffler un peu est réelle. À 51 ans, ces fils de viticulteur de Florensac ont derrière eux une vie professionnelle commencée tôt dans l’apprentissage, en lien avec le lycée La Colline (actuel Jules-Ferry, à Montpellier). Derrière eux, aussi, plusieurs créations d’en-treprises (JDS, Cie des Comptoirs, Carré Mer, W’Sens Londres, Yazhou à Beyrouth, etc.) et divers tours du monde pour conseiller de grands restos et vendre leur nom (Tokyo, Bangkok, Singapour, Marrakech…).

Des milliers de coups de feu en cuisine et de jetlags dans l’avion qu’ils ont fini par payer –Après l’Expo universelle de Shanghai, où on assurait la restauration du pavillon français, j’ai fait mon deuxième AVC (2), révèle Jacques Pourcel. Et mon frère Laurent (marié, un enfant) en est à son quatrième stent (3) 

Bien compréhensible, cet de lever le pied et, dans de Laurent, de voir davantage sa femme et sa fille n’explique pas tout. Dans ce changement de décor, il y a aussi le désir de rejoindre la tendance *bistronomique : de petites structures, comme Septime à Paris ou Chez André (André Chiang, ex duJardin) à Singapour, plébiscitées par la critique et la clientèle. Ces bistrots vraiment chics favorisent ‘une plus grande proximité entre chefs et clients, applaudit Laurent Pourcel. Et ils sont en général implantés en plein centre-ville : ce qui s’impose d’autant plus à Montpellier ‘où visiteurs comme habitants prennent de moins en moins la voiture’, observe son frère Jacques. Mais il y a encore une autre raison, moins politiquement correcte, pour quitter le ‘paquebot’ de l’avenue Saint-Lazare: des charges sociales élevées’ et une fiscalité décourageante ».

 

Une grosse brigade de 70 salariés, cela pèse sur l’équilibre d’un resto-hôtel, surtout quand il ne fait pas toujours le plein. Et au-delà d’un certain niveau d’activité, la course aux couverts sert au final à payer des taxes », déplore Jacques Pourcel. Alors pourquoi rester en France, à Montpellier précisément, et ne pas créer une affaire à l’étranger, comme Font fait certains confrères? « Parce que c’est ici qu’on est bien, qu’on s’est développés, qu’on a nos amis, répond Jacques. En plus, nous sommes attachés à Carré Mer (4), notre plage de Villeneuve-lès-Mague-lone, qui marche très fort. »

 

C’est dans ce contexte que les Pourcel ont visité l’hôtel Richer de Belleval et d’autres sites montpelliérains à la vente. La municipalité Mandroux avait déjà essayé de vendre cette bâtisse du XVIIe siècle, abandonnée par le tribunal des prud’hommes depuis 2010. Mais c’est l’équipe Saurel qui a relancé le dossier. Et le candidat Pourcel qui a été préféré, en décembre dernier, au chef arlésien Jean-Luc Rabanel. « Par rapport à ce que nous cherchions, c’est un peu grand, mais on s’est adaptés au charme de la demeure », commente Jacques Pourcel. Disposé en trois salons, avec de magnifiques peintures au plafond Le restaurant est prévu pour 40 couverts. L’hôtel, probablement un Relais & Châteaux 4 étoiles, disposera de 15 à 18 chambres. Plus 2 à 4 « apparts-hôtels ». On pourra déguster des tapas gastronomiques dans le patio. Et aussi, côté place de la Canourgue, sur ‘une petite terrasse extérieure », si la mairie l’accorde en dépit de l’opposition de certains riverains.

 

Enfin, le bar, au 1` » étage, sera accessible aux clients qui ne résident pas à l’hôtel. Dans ce bar, l’escalier monumental, la cour ou le resto, des œuvres d’art contemporaines seront exposées. Le mécène s’appelle Helenis à travers sa filiale Egeria, le promoteur installera à la Canourgue les bureaux de sa fondation d’art.

 

« Ce sera une superbe vitrine pour l’entreprise, qui y invitera ses clients.

 

Et aussi, une première expérience dans le secteur hôtelier qui nous intéresse », explique Thierry Aznar qui prépare aussi un livre d’art et d’histoire sur le site.

 

Reste trois points en suspens.

Un: si la création d’un spa est validée, celle d’une piscine sera probablement abandonnée, faute de place.

Deux: une deuxième entrée sera créée pour accéder directement au restaurant.

 

Mais l’ouverture du mur sous le balcon et les atlantes (cariatides masculines) protégés semblant très délicate, elle se fera sans doute plus loin, au bout de la place, à l’emplacement d’une ancienne porte bouchée. Enfin, la question du parking n’est pas entièrement réglée. Les clients de l’hôtel pourront accéder jusqu’ à la porte où un voiturier prendra leur véhicule. Mais on ne sait pas encore si ceux-ci seront garés dans un par-king public (Pitot, Arc-de-Triomphe ou Préfecture) ou un local privé. Un système de voiturettes électriques a même été envisagé. « En 2019, à l’ouverture, on aura 54 ans, conclut Jacques Pourcel. Nous nous donnons dix ans pour reconquérir les étoiles Michelin (5). Et partir à la retraite la tête haute! »

 

RESTO ÉPHÉMÈRE Ça s’appelle un « pop-up »: un resto éphémère créé par les Pourcel jusqu’à l’ouverture de la Canourgue en 2019. Il ouvrira en juin, au 1408 avenue de la Mer, près des Caves Notre-Dame, après le pont de l’autoroute, dans l’actuel hangar des tracteurs Galloy. Surface: 600 mètres carrés sur 11 mètres de hauteur, avec un étage créé. Au rez-de-chaussée, un bar à fromages et tapas, à l’étage 150 couverts. Menu à midi: autour de 28 C, le soir dans les 60 C. « On va la jouer plus cool qu’au Jardin », annonce Jacques Pourcel. « Le service sera décontracté, mais la qualité bistronomique. »

 

(1) Philippe Prost a rénové le magnifique hôtel de la Monnaie, quai Conti, à Paris. Interviendra aussi Imaad Rahmourzi, décorateur de réputation internationale. (2) Accident vasculaire cérébral (3) Sorte de ressort dilatant les artères en cas de maladie coronarienne. (4) Réouverture de Carré Mer: 25 mars. (5) Monté jusqu’à 3 étoiles Michelin en 1998, LeJardin des Sens est classé 1 étoile depuis 2012.

 

FINAL EN BEAUTÉ • 21-23 mars Du 21 au 23, dernière semaine du Jardin des Sens, les frères Pourcel offrent le 2. couvert pour tout dîner acheté (menu à 120 €, boissons comprises). Photo avec les chefs, menu dédicacé et visite en cuisine. • 24-26 mars : les jumeaux s’associent en cuisine à 24 chefs, 8 par soirée: des toques, parfois étoilées, qui ont fait leurs classes chez les Pourcel et tiennent table aujourd’hui à Lattes, Nice, Singapour ou Moscou. • À midi Déjeuner à 50 €, vins compris, apéritif offert.