Blanca Li – Solstice – à l’Opéra Berlioz au Corum le 19 janvier.

Avec Solstice, la chorégraphe espagnole Blanca Li met en scène une réflexion sur le rapport de l’humanité avec la nature, le climat, l’environnement. Cette pièce qui mêle à la fois la vidéo et la danse est interprétée  par une troupe de 13 danseurs et un percussionniste

Avec Solstice, la chorégraphe espagnole Blanca Li met en scène une réflexion sur le rapport de l’humanité avec la nature, le climat, l’environnement. Cette pièce qui mêle à la fois la vidéo et la danse est interprétée  par une troupe de 13 danseurs et un percussionniste. La scénographie et la création des animations vidéos sont dues à Pierre Attrait et Charles Carcopino, le tout mis en musique par Tao Gutierrez.

Entretien avec Blanca Li. Propos recueillis par Isabelle Calabre en février 2017.

En 2013, vous vous intéressiez au monde des robots ; aujourd’hui, vous vous penchez sur les rapports entre l’homme et la nature. C’est un grand écart ?
En fait, ces deux thèmes font partie de nos vies contemporaines. D’un côté, nous connaissons une révolution technologique incroyable, qui nous rend à la fois dépendants et en interaction avec les machines ; de l’autre, nous sommes préoccupés par le devenir de la planète, les effets du réchauffement climatique, et nous cherchons à corriger une évolution qui nous inquiète. Partout, dans les métropoles, au cœur des océans, dans les espaces sauvages ou domestiqués par l’humanité, la nature change et nous interpelle. Les relations ambiguës et complexes que nous entretenons avec notre environnement ont été le point de départ de Solstice. Entre inquiétude et émerveillement, amour et violence, préservation et destruction, comment assurer le développement de nos civilisations sans épuiser notre planète? Pour moi, cette démarche écologique est la suite logique de ROBOT, elle n’est pas du tout incompatible avec la présence de la technologie dans nos vies. D’ailleurs, c’est grâce aux outils dont nous disposons aujourd’hui que nous pouvons mesurer la montée des eaux ou prévenir les tsunamis. Les relations entre l’Homme et la Nature concernent tout le monde, chacun à sa manière a envie d’y participer. Lorsque l’on entend aujourd’hui les propos des climato-sceptiques, y compris au plus haut niveau, on se dit qu’il est urgent de faire en sorte que l’information circule! Notre responsabilité commune est de préparer le futur, et de protéger la planète.

Vous qualifiez votre approche d’organique, pourquoi ?

Parce que je pars de sensations simples et essentielles : le souffle du vent, la beauté d’une feuille ou d’une fleur… Dans l’équilibre de l’écosystème, tout est important. Ce sont ces ressentis minuscules qui nourrissent nos relations quotidiennes avec la nature. Les danseurs vont se servir de ces sensations et travailler sur leurs corps àpartir de notions telles que le vent, la pluie, la chaleur ou l’air que l’on respire. Les quatre éléments, en quelque sorte.

Pour parler de la relation de l’homme avec la nature, vous utilisez des outils technologiques très élaborés, notamment en matière de scénographie…
L’équipe qui participe à ce spectacle m’accompagne depuis plusieurs années. Pierre Attrait, le scénographe, a conçu une sorte de «nuage» qui est un support original pour la lumière et la vidéo. Ce tissu se transforme pour devenir successivement la terre, le ciel ou le vent. C’est une présence constante et toujours en mouvement, comme l’est la nature. Quant àla vidéo réalisée par Charles Carcopino, elle est là pour créer des émotions et se fond de façon presque invisible dans le dispositif. Tous ces éléments participent àla dramaturgie et sont au service de la pièce. Ils contribuent à transmettre le message portépar la danse.

Jean-Baptiste Mondino ©

À quelle type d’inspiration appartient la composition musicale ?

Je n’aime pas illustrer une partition existante et me sentir obligée de réagir à un tempo ou à une émotion déjà écrite. Je préfère que la création musicale accompagne sur mesure la narration et le propos du spectacle. Cela implique que le musicien fasse de la haute couture et travaille au fur et à mesure, à partir de la chorégraphie que j’élabore. Ainsi, grâce àdes ajustements permanents, la musique s’adapte àl’énergie et au mouvement des corps : la respiration et les gestes des danseurs seront pleinement intégrés àla composition musicale. Tao Gutierrez est toujours prêt pour de nouvelles aventures. Pour cette pièce, je lui ai demandé d’intégrer des sonorités et des rythmes réalisables àpartir de morceaux de bois et de terre, afin de mettre la nature au cœur de la musique.

Sur quels critères avez-vous choisi vos interprètes ?

Il y a d’abord ceux qui constituent le noyau dur de ma compagnie. Mais j’avais envie d’élargir leur nombre. D’avoir un groupe plus important afin d’éprouver la sensation forte des corps. J’ai donc fait passer des auditions et j’ai étésurprise par la qualitéde tous ceux qui se sont présentés. Je les ai sélectionnés en fonction de leur personnalité: ce sont tous des solistes remarquables, qui savent aussi fonctionner harmonieusement au sein d’un groupe.

Jean-Baptiste Mondino ©

Comment travaillez-vous avec eux ? À partir d’un schéma très écrit ou de leurs improvisations ?

Au moment de commencer les répétitions avec les danseurs, je connais exactement le « quoi » : ce que je veux dire, à quel type d’émotions je veux parvenir. J’arrive en studio avec un storyboard qui contient les intentions de la pièce, tout ce que je souhaite montrer et raconter. Reste àtrouver le «comment». C’est ce que nous recherchons ensemble. Plutôt que d’improvisations, je parlerais d’échanges réciproques, jusqu’à ce que l’on s’approche de ce que je cherche. C’est un travail d’équipe qui m’aide àparvenir au résultat que j’ai en tête.

D’où vous vient cette capacité constante àvous renouveler, dans des thématiques chaque fois si différentes ?

Comme tous les artistes, il m’arrive de me tromper. Tout n’est pas forcément réussi, tout n’est pas un échec non plus. Mais je suis toujours honnête avec mes envies et mes désirs. C’est la vie et le quotidien qui m’inspirent, donc mes idées se renouvellent constamment sans que je me soucie de «comment ça va être ? » Ensuite, je me jette àl’eau et je vois ce que ça donne !

A L’Opéra Berlioz au Corum à Montpellier le 19 janvier 2018 à 20h.

Réservations : Montpellier Danse

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