Charleroi Escapade et city trip

Sinistrée par l’effondrement de son industrie, minée par la misère, le chômage… La deuxième ville la plus jeune de Belgique souffre d’une piètre image. Cette mosaïque architecturale où cohabitent 128 nationalités jouit pourtant d’une offre culturelle rare, et de trésors insoupçonnés. Des atouts sur lesquels elle compte bien s’appuyer pour retrouver son lustre d’antan. Visite guidée d’une cité tout en contrastes qui construit son avenir loin des clichés.

On n’a pas encore posé le pied à Charleroi que, déjà, on se fait interpeller. « Allez plutôt vous garer au-dessus, c’est gratuit ! », nous indique un passant. Sympa. D’emblée, on vérifie que la première richesse locale, ce sont les habitants. Des gens « ouverts et chaleureux, soutient Pascal Verhulst, le conseiller culturel de la ville. Parfois trop humbles, peut-être… » Il faut dire que la plus grande commune de Wallonie (plus de 200 000 habitants*) n’a pas bonne presse. Taux de chômage qui dépasse les 20%, usines désaffectées dans un centre-ville gangréné par la prostitution et la toxicomanie… En 2008, la cité sambrienne a ainsi été désignée par un journal hollandais « ville la plus laide du monde »… Certes, l’ancienne capitale du Pays noir n’est pas exactement Venise. Mais ce paysage post-industriel n’est pas sans charme. « Quand on y accède par le ring qui la surplombe, la nuit, avec les terrils alentours et les usines, elle a un côté Blade Runner », nous glisse Pascal Verhulst.

Monde englouti

Cette beauté rouillée – et ceinturée d’un joli poumon vert – attire nombre de visiteurs : des fans d’urbex, mais aussi des jeunes branchés. Depuis 2009, le « Charleroi Adventure » de Nicolas Buissart invite en effet les amateurs de « frissons » à un safari urbain décalé. Surfant avec humour sur les clichés, cet artiste carolo propose un circuit saugrenu au coeur du « monde industriel désaffecté », faisant visiter « la rue la plus déprimante de Belgique », « le métro fantôme », des usines abandonnées… « C’est de l’art-tourisme », explique le trentenaire, parfois mal compris. Cette balade dans les décombres nous rappelle surtout que Charleroi fut, jusqu’à la fin du XIXe siècle, « la ville la plus riche de toute l’Europe, juste derrière Londres », selon André Lierneux, historien et créateur du « Carolo Bus Tour ». Charbon, sidérurgie, mais aussi production de verre plat firent sa prospérité. Hélas, les deux grandes guerres en ont eu raison. à l’orée des années 1980, la récession économique fut brutale et « Charleroi s’est effondrée en deux générations », souffle A. Lierneux.

Faire son trou

La cité carolo compte encore quelques fleurons, dans la vieille industrie, mais aussi la nouvelle. Tel l’Aéropôle, situé à côté de l’aéroport, qui emploie aujourd’hui environ 4 000 personnes et fait figure de tête de pont dans les biotechnologies, l’aéronautique… Suffisant, pour que Charleroi renoue avec sa gloire passée ? Envahie de grues et de pelleteuses, elle vit en tout cas un lifting pharaonique, et séduit à nouveau les investisseurs. Le chantier le plus impressionnant concerne la ville basse, creusée en son coeur par un énorme gouffre, qui doit accueillir en novembre 2016 le projet Rive Gauche, un mastodonte commercial de 35 000 m2. « L’idée, c’est de repeupler le centre ». D’ici 2020, quelque 17 autres projets, concernant cette fois la ville haute (création d’un palais des Congrès, rénovation du palais des expos, etc.), verront le jour.

Ville d’arts

La culture a également un rôle majeur à jouer dans la cité de Spirou et Fantasio (Charleroi reste le berceau des éditions Dupuis). Le socialiste Paul Magnette, élu bourgmestre en 2013, mise énormément sur ce secteur. « C’est même devenu un axe de développement », s’enthousiasme Pascal Verhulst. Il faut dire que l’offre est déjà bien fournie. Entre Charleroi Danses, le BPS22, le Vecteur, le théâtre de l’Ancre ou le Rockerill, temple de la musique underground installé au coeur d’anciennes forges, l’art – classique ou alternatif – est ici à l’honneur. Et le sera d’autant plus avec la rénovation du Palais des beaux-arts ou l’ouverture, cet automne, du Quai 10, un centre dédié aux jeux vidéo, arts numériques et au cinéma, situé sur les bords rénovés de la Sambre, qui offrent désormais une belle promenade. « C’est une ville qui se relève, et retrouve une ambition… », termine Pascal Verhulst. Le temps nous dira si elle a eu raison d’y croire.


À VOIR

Le Bois du Cazier

©Charleroi Communication Luc Denruyter

Quelque 35 000 visiteurs s’y rendent chaque année. Théâtre de la catastrophe du 8 août 1956, qui vit la mort de 262 hommes, cet ancien charbonnage désormais classé au patrimoine mondial de l’Unesco offre un témoignage de la prospérité industrielle (charbon, fer et verre) passée de Charleroi.

80 rue du Cazier, Marcinelle, www.leboisducazier.be


Le Palais des beaux-arts

le palais des beaux arts charleroi

Atrium Palais des beaux-arts © Pierre Bolle

C’est l’un des bâtiments phares de la ville, mêlant l’ancien au moderne. Erigé en 1957, il jouit notamment d’une grande salle d’une capacité de 1 800 places et accueille à la fois des concerts, du théâtre, de la danse… Un outil complet qui peut compter sur un espace dédié au théâtre contemporain (le Hangar).

1 Place du Manège, www.pba.be


Charleroi Danses

festival de danse charleroi

Institution de référence dans le domaine de la création contemporaine (en Belgique et à l’international), Charleroi Danses inaugure de nouveaux studios en septembre. Idéal pour organiser la prochaine biennale qui accueille une quinzaine de productions soulevant la question de la jeunesse et du renouveau artistique.

Boulevard Mayence, www.charleroi-danses.be


Le Vecteur

vecteur charleroie

Pépinière de talents, le Vecteur est un lieu de résidence et de création alternative (arts plastiques et numériques, littérature, musique, cinéma… les Dirty Monitor, rois du Mapping, y ont élu domicile). Cette plateforme d’échanges engendre spectacles et performances à découvrir dans une intime salle de 150 places.

30 rue de Marcinelle, vecteur.be


Le Théâtre de l’Ancre

le theatre de l'ancre charleroi

Soirée Théâtre de l’Ancre sous le ring

A la fois tremplin pour la scène locale et salle reconnue à l’étranger pour la qualité de sa programmation, ce théâtre convivial satisfait toutes les curiosités. Les créations de L’Ancre rencontrent un large succès public et critique à l’image de Nés Poumon Noir ou Les Villes tentaculaires.

122 rue de Montigny, www.ancre.be